Etudes sur le port du masque et le développement des enfants

Depuis 2020, le port du masque s’est démocratisé en France et dans le monde entier. Première barrière au virus du Covid 19, ils sont sur tous les visages, petits ou grands et nous protègent. Toutefois, ces masques nous privent sans conteste d’une grande moitié du visage de nos interlocuteurs, de nos amis, de nos collègues. Et si c’est déjà un problème pour les adultes, c’en est également un pour les enfants, habitués à analyser nos visages, et à user de mimétisme. Tout l’aspect de la communication non-verbale passant par les traits du visage, le sentiment de sécurité, l’apprentissage du langage ou de la sociabilité sont compliqués voire compromis. Une commission composée de chercheurs en psychologie sociale et du développement, et de spécialistes de la petite enfance comme Boris Cyrulnik s’est penchée sur la question des effets du port du masque sur les jeunes enfants en lieux d’accueil collectif. En voici un résumé.

Le port du masque : un frein à l’apprentissage et au développement ?

Que ce soit parce que leur voix est étouffée quand ils parlent ou parce que, du fait de leur bouche cachée, les enfants ne savent pas quel adulte leur parle, les professionnels de crèche interrogées par Les Pros de la Petite Enfance estiment que les interactions verbales des tout-petits sont plus pauvres qu’à l’accoutumée. En effet, et les spécialistes le savent, les enfants regardent la bouche de l’adulte pour apprendre le langage. C’est ce que l’on appelle le mimétisme. Or, les masques ne permettent pas cela. Pour pallier cela, ces mêmes professionnels dont Marie Paule Thollon Behar, psychologue et docteure en développement conseillent aux parents d’augmenter les temps d’échange avec leurs enfants les soirs après la crèche. Laura, maman d’une petite Sasha de 7 mois a confié à France Culture : “Depuis qu’on est jeunes parents, on lit beaucoup de choses sur le mimétisme, sur le fait qu’il faut accentuer nos expressions, qu’il faut sourire aux enfants, etc. Et là, tout d’un coup, ce qu’on appelle le sourire avec les yeux suffirait pour que les enfants se développent bien. Je trouve qu’il y a quand même une énorme contradiction.” Mais le développement du langage n’est pas la seule ombre au tableau. Le développement des émotions et des capacités socio-affectives de l’enfant passe aussi par le visage et ses expressions.

Ce qu’en disent les neurosciences

En Janvier 2021, l’Université de Grenoble a réalisé une étude auprès de professionnels de la petite enfance, et selon les résultats, les enfants ont tendance à être plus anxieux, à pleurer davantage, à vouloir retirer le masque des adultes, ou au contraire à avoir peur face à un visage démasqué. Le sourire-réponse met plus longtemps à arriver qu’en temps “normal”, ce qui peut traduire un manque de confiance et de sécurité dans leur environnement. Catherine Gueguen l’affirme, “ce qui m’inquiète c’est que plus le cerveau est jeune, plus il est sensible au stress. […] Et le stress chez l’enfant est extrêmement nocif pour le cerveau.” Selon un article du JAMA, une célèbre revue pédiatrique américaine, nous connaîtrons dans 20 ans seulement les répercussions de cette crise sur cette génération “traumatisée par le Covid”. Aujourd’hui, les enfants semblent plus sujets aux troubles de la concentration, aux crises de colère, aux troubles anxieux, à l’agressivité. Ce sont des signes qui doivent alerter les parents, et les conduire à les rassurer, solidifier un socle peut être fragile en leur donnant une certaine sécurité affective, de l’empathie, se mettre à leur place et tenter de comprendre ce qu’ils vivent, leurs émotions, leurs pensées, les écouter…

Les professionnels de la petite enfance en difficulté

C’est dans une tribune signée Anna Cognet, Juliette Delaporte et Célia du Peuty dans le journal Le Figaro que les termes d’adaptation et de résilience sont mis en opposition. En effet, selon les autrices, “Ne confondons pas adaptation et résilience : les enfants vivent et progressent malgré les difficultés, mais chaque entrave à leur développement a un coût, que ce soit en termes de retard, de secteurs délaissés ou de poids émotionnel.”. D’après le rapport des 1000 premiers jours commandé par le gouvernement et mené par Boris Cyrulnik, les mille premiers jours de vie d’un enfant sont ceux où tout commence, “ils sont essentiels, pour le développement du tout-petit mais aussi pour la santé globale de l’adulte qu’il deviendra”. Or, les mesures sanitaires concernant ces mêmes tout-petits ne semblent pourtant pas le prendre en compte. Il est évident que les bébés ont besoin d’une certaine proximité physique avec leur entourage, et notamment avec les professionnels de crèche au cours de la journée.

 

Au début très contagieux, puis plus du tout, la condition des enfants au cours de cette crise sanitaire pose la question des limites des mesures d’hygiène prises par le gouvernement. Selon Anna Cognet et ses co-autrices, au sein des établissements de crèche, les masques n’ont que peu d’intérêt, aux vues des mesures déjà mises en place en temps normal pour la sécurité et la surveillance des enfants. En effet, le personnel de crèche est la plupart du temps très espacé afin d’avoir une vue globale sur l’ensemble des enfants. Il n’y a donc qu’un risque faible de contamination entre adultes. De plus, les enfants eux ont l’habitude de toucher à tout, et pour les plus jeunes mêmes, de déposer leur salive un peu partout, y compris sur les structures et les professionnels. Les masques n’étant pas complètement étanches, cette mesure auprès des plus jeunes semble en effet obscure.  Enfin, l’obligation pour les établissements d’accueil de jeunes enfants de modifier son protocole sanitaire avec le nettoyage de tous les jouets et structures détourne les professionnels de la petite enfance de leur mission première qu’est l’accompagnement des enfants dans leur développement et leur éveil.

La Maison des Maternelles a consacré une émission à l’impact du Covid sur les enfants. Découvrez ce reportage intitulé « Covid et enfants : quels impacts ? » à partir de 1m23.